VR: Art Immersif ou Usine à Frissons ?

La VR: œuvre d’art ou produit industriel sans âme ?

La réalité virtuelle, ce monde merveilleux où l’on enfile un casque et pouf! Nous voilà, arbre frémissant ou survivant d’une horreur indicible. Mais attendez, est-ce que tout cela n’est-il pas en train de balancer l’art par-dessus bord au profit de la grande machine à cash de l’industrie vidéo ludique ? C’est la question que se posent Jean-Philippe Baril Guérard, fervent défenseur du statut artistique du jeu vidéo, et Éric Lamontagne, artiste visuel avec un « A » majuscule qui, lui, reste un peu sceptique. Penchons-nous sur ce fatras créatif entre deux missions de sauvetage virtuel.

VR, nouvelle toile des artistes ou la grosse Bertha de la psychologie du frisson?

Ah ! Transference et son ingénieuse proposition pour le printemps de 2018 : stocker nos petits souvenirs et désespoirs dans un ordinateur. Chapeau l’artiste, ou plutôt casque l’utilisateur, car c’est avec cette armure digitale que l’on plonge dans les affres d’un syndrome de stress post-traumatique. Jean-Philippe Baril Guérard en est sorti tremblant mais conquis : c’est comme « un très bon film d’horreur ». Aaaah, le doux parfum de la peur, que c’est artistiquement rentable !

La VR, une technologie qui nous transforme en… végétaux ?

Éric Lamontagne, quant à lui, a goûté à l’expérience bucolique de Tree. Et là, surprise ! Munis d’un casque, vos bras se métamorphosent en branches et hop, vous voilà transformé en charmille. « J’ai trouvé ça assez merveilleux », confie-t-il. Elément intéressant : on passe du frisson à la féerie. Ce serait presque poétique si l’on oubliait pas que tout cela est orchestré par de petites puces électroniques.

Quand la quête du réel est lestée par des tonnes de pixels

Passez-moi la phrase suivante d’Éric qui, avec la délicatesse d’un éléphant dans un magasin de porcelaine, ébranle le doux rêve technologique : l’innovation ne nous rapproche pas toujours du réel. Bien au contraire, le trop plein de technologie étoufferait l’aura artistique des jeux vidéo. Pour être estampillés d’art, Mesdames et Messieurs, les jeux se doivent de porter en eux le regard de l’auteur, regrettablement souvent aux abonnés absents.

Il se montre tout de même indulgent envers ces francs-tireurs de l’industrie, ces jeux indépendants à l’intrigue insaisissable et sans finalité évidente. Ceux-là, dit-il, approchent la frontière de l’art avec la détermination d’un vent de liberté.

La production de masse, l’ennemie jurée de la créativité ?

Lamontagne et Baril Guérard s’accordent sur un point : les grands blockbusters du jeu vidéo, pensés pour les masses et garnis de paillettes et d’effets spéciaux, sont sur la sellette. Leur crime ? Avoir réduit la diversité des expériences vidéoludiques à bien peu d’excentricités et d’aventures hors des sentiers battus.

Voilà, amateurs de pixels et de sensations virtuelles, votre mission, si toutefois vous l’acceptez : explorer la VR avec un œil critique, mais toujours prêts à vous laisser surprendre par le génie du virtuel. Un génie qui, espérons-le, résistera à la tentation de se fondre dans le moule de la profitabilité à tout prix, sans sacrifier son âme artistique. Après tout, même en réalité virtuelle, on n’est pas des moutons, non ?

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