Skyrim VR: Immersion gâchée en Bordeciel?

Skyrim VR : La plus mauvaise escapade en Bordeciel ?

Un dragon de la réédition

Avant de plonger tête la première dans le chaudron de la réalité virtuelle, petit retour sur le phénomène pour ceux qui ont eu l’audace de prendre un congé sabbatique dans une caverne sans wifi. « Skyrim », c’est un peu le grand ancien du RPG monde ouvert, tellement grand d’ailleurs qu’il a donné des complexes à tous les autres univers qui ont cherché à prendre sa mesure. « Skyrim » a squatté nos PC, nos PlayStation 3, Xbox 360, titillé la génération suivante et, refuse de prendre sa retraite en investissant maintenant la Nintendo Switch et la PlayStation VR. C’est de cette petite dernière dont je vais vous conter les joies et les (nombreux) désagréments.

Un dragon pas si envoûtant

Imaginez la scène : vous êtes là, dans une calèche, direction l’abattoir, pendant que vos compagnons d’infortune papotent pour poser le décor. Et là, youpi, vous pouvez admirer le paysage en tournant la tête, comme si vous y étiez. Pour un peu, on applaudirait la technologie tant que le dragon ne montre pas le bout de son museau pixellisé. Mais, horreur et damnation, votre avatar est un vampire : pas de reflet, pas de corps, juste des mains flottantes qui s’agitent. On est d’accord que cela égratigne quelque peu l’immersion.

La magie s’évapore déjà ?

Place à la création du personnage. Là, on se dit qu’on va se concocter un aventurier digne de ce nom. Mais non ! Avec les PlayStation Move, c’est plutôt comme essayer de dessiner un chef-d’oeuvre avec des moufles. Résultat, on prend vite fait le premier baroudeur venu, avec le nom que l’on arrive à griffonner sans trop bafouiller.

La marche de l’empereur… ou plutôt du poulet sans tête

Maintenant que vous vous appelez « Aaaargh », place à l’aventure ! Niveau déplacement, on a deux choix : la téléportation pour ceux que le vertige titille, ou la marche, pour les intrépides. Fastoche, pensez-vous ? Nenni, mes braves ! Car avec les Move en mains, tout part en cacahuète dès qu’il s’agit de fouiner ou de converser avec un PNJ. Les dialogues ressemblent à une joute de mime et fouiller est une mission pour Indiana Jones sous sédatifs.

Vive le pad, cette vieille relique

Il ne faut pas longtemps avant que l’on se rende compte que ces bâtons de sorcier modernes ne sont là que pour nous tourmenter. Vive le bon vieux contrôleur qui rétablit la paix dans ce monde médié-valium. Skyrim version manette, c’est plus agréable, même si les déplacements vous donnent l’impression d’être sur un bateau lors d’une tempête.

Et si on coupait les fils ?

Le grand argument du VR, c’est qu’on ne trouverait pas de vrai jeu, juste des démos glorifiées. « Skyrim VR » se pose là en termes de contenu, mais est-ce un service à rendre à la réalité virtuelle ? Ça ressemble plutôt à un dragon qui aurait trop mangé et qui peine à s’envoler dans les cieux de la VR.

On s’attendait à un sortilège, mais avec les Move relégués dans la boîte à gants et la manette entre les pognes, le charme est rompu. On a vite l’impression d’être assis dans son salon, avec des lunettes 3D un peu trop serrées, à matter un Skyrim dont le temps aurait maladroitement érodé la splendeur.

L’épopée des petits bouts de rien

On en vient presque à regretter que « Skyrim VR » n’ait pas été charcuté, découpage minutieux pour créer une série d’expériences à consommer par petite dose, sans déplacement, juste de l’aventure statique. Les puristes hurleraient au blasphème, mais l’aventure aurait gagné en intensité et en plaisir.

Et donc, il faut y jouer ou pas ?

Pour faire court : non, sauf si vous aimez souffrir pour la beauté (critiquable) de l’art. « Skyrim VR » n’est pas foncièrement un naufrage ludique, mais c’est la version la moins flatteuse de l’épopée. Et puis sérieusement, pour quoi se donner tant de mal à vivre cette expérience lorsque votre fidèle PS4 abrite une version bien plus digne de ce nom ?

En fin de compte, « Skyrim VR » est la preuve vivante qu’un monde ouvert n’a pas besoin d’être un océan pour qu’on veuille y naviguer; parfois, une bonne vieille baignoire fait bien mieux l’affaire.

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