Moults changements dans le vestiaire de la mode 2.0
Insta-manie contre Fashion Week : le choc des titans
Il était une fois dans le royaume en constante ébullition de la mode, une intrigante interrogation secoua les esprits brillants des créateurs : faut-il déployer des shows à couper le souffle ou se contenter de publier des clichés d’une beauté impeccable sur Instagram ? Kirsten Dunst, rondement enceinte, qui pose majestueusement dans un manteau couleur cappuccino, col montant en manière de cravate; Kim Gordon, diva du rock alternatif des nineties, parée d’une robe à imprimés félins et de bijoux évoquant de l’acier cabossé… En janvier, point de podium pour Rodarte ! Leur « défilé » s’est mué en une galerie de portraits virtuelle sur Instagram, orchestrée par la talentueuse Autumn de Wilde, mettant en lumière des artistes familiers avec le duo de designers.
Quand la mode se fait toile de cinéma
Floraison de créativité en juillet 2017, avec un show qui rime avec grandiose, niché dans un antique cloître parisien ; personne ne voyait venir le biais adroitement choisi pour cette collection automne-hiver 2018-2019. Les sœurs Mulleavy de Rodarte, après avoir plongé dans le septième art avec Woodshock (2017), ont vu leurs perspectives et appétences créatives chamboulées. « Ce plongeon dans le cinéma a bouleversé notre vision du paysage artistique, dévoilant de nouvelles pistes pour communiquer notre passion », confient-elles.
La chute des podiums traditionnels ?
Ces natives de la terre de l’Oncle Sam, véritables apôtres d’un style à contre-courant, semblent avoir rallié les partisans de l’alt-fashion. Souvenez-vous, Gareth Pugh, l’anglais au design si futuristico-goth, avait troqué son podium pour un film monumental, en collaboration avec Nick Knight. Idem pour la griffe Vetements, qui, lors de la saison printemps-été 2018, troqua les catwalks contre une exposition photographique XXL dans un entrepôt urbain.
Allez-vous en de là, les podiums sont-ils révolus ?
Mais attardez-vous avant de pleurer sur les planches disparues ! Ces habitués du retour aux sources frôlent de nouveau les défilés. Le show ne serait-il donc pas éternel ? « Le marché regorge d’acteurs, de nouveautés, la scène est hautement saturée », explique Alix Morabito, sommité de la mode aux Galeries Lafayette. « C’est lorsqu’une marque défile que nous entrons véritablement dans la narration qu’elle souhaite partager. Vêtements en mouvement, histoires se dessinant, l’impact est bien plus fort. Et c’est aussi une discipline pour le créateur, théâtraliser son discours, densifier ses idées. »
Démocratisation ou show-business ?
Les défilés, aujourd’hui, ce sont des supers productions personnalisables, des spectacles qui envoûtent à 360°. Tout est modifiable : lieux, moyens, happenings périphériques (concert, cocktail…), le décor se métamorphose, variant d’une extravagance signée Tommy Hilfiger avec Gigi Hadid au défilé intimiste où la distance entre la robe fleurie et le spectateur se fait infime.
« C’est l’expérience globale qui éveille le désir pour une marque, pas seulement le défilé. Créer un moment fort, chargé d’émotion, une aventure à part, cela intensifie le message. Cohérence, storytelling, attention des influenceurs… tout cela demande une maîtrise hors pair des réseaux sociaux », ajoute Morabito.
En conclusion, dans ce joyeux tumulte d’innovations et d’expressions artistiques, la mode s’habille désormais en digital autant qu’en tissus. Et même si elle change de tunique, sa vocation reste intacte : émouvoir, surprendre et séduire. Prêts pour le prochain fashion-flash sur votre fil d’actualité ?