Fontevraud : Quand l’Histoire pique une crise d’adolescence et swipe vers la VR
Le feuilleton épique de l’abbaye qui ne voulait pas vieillir
Bien ancrée dans le Val de Loire, et non loin de Saumur, trône la millénaire et grisonnante abbaye de Fontevraud. Accrochez-vous bien à votre chapeau à plumes car ce vieux caillou raconte une histoire plus croustillante que votre série préférée. Imaginez un peu : c’est en 1101 que le trublion Robert d’Abrissel, célèbre pour son amour incommensurable pour les dames, mais aussi pour ses sermons qui auraient fait pâlir les rock stars, décide – sous la douce pression papale – d’implanter un monastère dans ce coin de verdure offert par les VIP de l’époque.
Bob, comme on ne l’appelait pas à l’époque – attention, spoiler! – n’en lance pas un, mais quatre, en mode mélangeur de cartes : un pour les hommes, un pour les femmes, un pour les riches, et un pour les moins lotis. Et comme un coup de théâtre n’arrive jamais seul, c’est une femme, une abbesse quand même, qui hérite du rôle de chef d’orchestre de ce festival monastique. En tout, 36 d’entre elles se succéderont au pouvoir. Et pour couronner le tout, les statues d’Aliénor d’Aquitaine et de quelques têtes couronnées montent toujours la garde dans l’église, histoire de ne pas être oubliées.
Révolution et renaissance : un destin de soap opera
La Révolution fait irruption, et là, c’est la coupure pub : adieu la vie monacale. Les nonnes sont remerciées (plutôt à coups de pied qu’avec des fleurs), et le site se métamorphose en pénitencier sous l’égide de Napoléon, une version très VIP de l’enfer où l’espérance de vie n’est plus que de deux petites années. Curieusement, cette reconversion tragique sauvegarde les murs, excepté le monastère masculin qui y passe pour cause de bricolage intensif. La guerre passe par là, les nazis y emmènent des résistants… Bref, c’est Dallas chez les moines.
L’abbaye de Fontevraud : le phénix des hôtes de ces bois
En 1975, le come-back est amorcé. L’abbaye cherche sa voie dans un monde post-hippie : elle mise sur la culture, et pas n’importe laquelle! Fontevraud décide de jouer les marieuses, unissant l’art, l’histoire et la technologie dernière cri. Plutôt VR que vieux grimoires! La musique, le cinéma d’animation, le théâtre et la danse s’y côtoient pour transformer ce lieu historique en écrin de la créativité.
Evasion spirituelle et gastronomique
Paranoïaques de l’éphémère, sachez qu’en 2014, l’abbaye se pare d’un hôtel épuré où même les fantômes se plairaient à faire du yoga, et d’un restaurant où l’on reçoit des étoiles – Michelin, pas du ciel. Libre à vous de vagabonder entre ces murs qui ont vu défiler tant de vies, tant de drames et tant de renouveaux.
Fontevraud n’est pas simplement un testament pétrifié, c’est un livre vivant qui continue de réinventer ses pages à la vitesse de l’internet fibre. Si l’édifice peut paraître un poil dégarni, rappelez-vous que c’est en laissant l’imaginaire vagabonder qu’on se laisse imprégner par la densité historique du lieu.
Avant de plonger tête la première dans cette marmite de pierres, armez-vous d’un audioguide, documentez-vous ou, dans l’idéal, collez-vous aux basques d’un guide.
Ce site hors du temps sait s’offrir en spectacle, et même s’il a vécu des jours sombres et d’autres plus lumineux, Fontevraud se rit du passé et cligne de l’œil au futur. Qui vous dit d’ailleurs que les abbesses et les rois n’ont pas déjà leur avatar VR pour vous saluer lors de votre prochaine visite?